1er DÉCEMBRE 1854 71e
LIVRAISON
COLLECTION DE PRÉCIS HISTORIQUES, LITTÉRAIRES, SCIENTIFIQUES
ONZIÈME LETTRE
DU P. DE SMET
NAUFRAGE DU 5 DÉCEMBRE 1853
On se rappelle que l'année dernière, le 5 décembre,
le Humboldt fit naufrage en Amérique. Nous avons déjà donné, à la page
51, le récit de ce sinistre; mais nos lecteurs le verront encore avec plaisir
dans une lettre adressée par le P. De Smet à ses
frères, MM. Charles De Smet, conseiller à la cour
d'appel de Gand, et François De Smet, juge de paix, à
Gand, et qu'il nous a permis d'imprimer dans la collection. Elle contient, du
reste, des détails qui n'ont pas encore été publiés.
Université
de Saint-Louis, 1er janvier 1854.
Mes très chers frères,
Je profite de mes
premiers moments de loisir pour vous annoncer que nous sommes heureusement
arrivés au lieu de notre destination, le deuxième jour de Noël.
A l'occasion de
la nouvelle année, je vous souhaite, ainsi qu'à vos chers enfants, beaucoup de
bonheur et de prospérité. Je prierai Dieu tous les jours de répandre sur vous
tous ses bienfaits et ses bénédictions. Je n'oublierai jamais la grande bonté
et l'attachement fraternel dont j'ai reçu tant de preuves de vous durant tout
mon séjour dans ma patrie.
Voici une petite
narration de mon long et dangereux voyage. Comme le besogne m'accable, je dois
écrire à la hâte, currente calamo.
Le 17 novembre,
jour auquel je vous fis mes adieux, ne s'effacera pas de sitôt de ma mémoire.
Le lendemain je rejoignis, à Paris, Mgr. Miége avec
ses cinq compagnons. Les huit jeunes gens qui m'accompagnaient eurent seulement
deux jours pour parcourir cette grande cité, ou plutôt cette foire
interminable; ils y visitèrent les beaux palais, les principaux monuments, les
places publiques de la vaste capitale, et les palais et jardins de Versailles.
Le 21, nous
arrivâmes au Hâvre, pour nous y embarquer le
lendemain. Toute la journée fut employée à rassembler nos caisses, qui se
trouvaient dans différents bureaux de la ville, et à faire tous les préparatifs
pour notre voyage de mer. Le vapeur américain se trouvait déjà en rade, à deux
lieues de la ville; un petit remorqueur devait y conduire tous les passagers.
J'avais quitté pour une heure mes treize compagnons, pour aller réclamer trois
caisses à la douane et les faire transporter directement à bord du Humboldt.
A mon arrivée au débarcadère, tous les passagers s'y trouvaient, excepté ma
bande. J'envoyai aussitôt à leur recherche une dizaine de personnes qui
parcoururent tous les quais et toutes les rues du Hâvre,
pendant six heures, sans obtenir la moindre information sur mes compagnons de
voyage. Et l'on était au moment du départ !
Un gendarme enfin, auquel je m'étais adressé comme à une dernière
ressource, et la plus sûre après tout, vint bientôt me tirer d'embarras et me
dire que les jeunes Messieurs qui me donnaient tant de soucis et d'inquiétude
se trouvaient depuis six heures à bord du Humboldt, et qu'à cause de mon
long retard, eux aussi étaient très-inquiets par rapport à moi; en un mot, ils
s'étaient trompés dans ce dédale de quais du Hâvre,
et pensant qu'ils n'avaient pas une minute à perdre, ils avaient loué deux
petites barques pour se faire conduire au bâteau. Je
m'empressai d'aller les rejoindre, et j'arrivai au moment qu'on leva l'ancre
pour gagner la haute mer.
Je trouvai sur le
vapeur des gendarmes qui étaient à la recherche de quelques individus suspects.
On disait que ces agents avaient reçu des ordres sévères de visiter
minutieusement tous les passeports. Mes compagnons étaient en règle, un seul
excepté, qui était venu me rejoindre à Paris, avec le consentement de ses
parents. Je n'étais pas sans inquiétude à son égard. Notre jeune déserteur, Mr
M... , s’était déguisé en mousse, ou garçon de cabine, et en jouait
parfaitement le rôle : il tenait lui-même la lanterne pour bien éclairer la
police, lorsque ces messieurs visitaient les chambres et les salons. Tous les
passeports furent examinés et les voyageurs passés en revue; mais les agents ne
firent aucune attention au beau porteur de la lanterne qui se tenait toujours à
leur côté, et échappa ainsi tranquillement à leurs recherches minutieuses. Mon
inquiétude toutefois pour lui ne cessa que lorsque je vis les messieurs à
chapeau-claque s'éloigner de notre bord.
Aussitôt deux
coups de canon annoncent que le Humboldt est prêt : les officiers,
le pilote, tous les matelots se trouvent à leur poste. Les sifflements de la
puissante machine à vapeur se font entendre pour la dernière fois jusque dans
l'enceinte de la ville : c'était le signal de l’ingénieur. Aussitôt le
capitaine, par son porte-voix, commande le départ. Le bateau à vapeur prend la
direction de Southampton et de Lowes, entre l’île de
Wight et les côtes d'Angleterre, pour y prendre la malle-poste et les passagers
anglais. Ce ne fut que dans la soirée du 23 qu'il fut dirigé sur New-York.
Pendant quatorze
jours, le Humboldt eut à lutter contre une mer orageuse et un vent
violent d'ouest; Neptune reçut, à cette occasion, un double tribut de tous les
nouveaux voyageurs qui, à cette époque de l’année, avaient osé hasarder le
passage de son vaste domaine. Le plus malade fut Mgr. Miége,
qui tint constamment le lit; vint ensuite le jeune Fortuné Hègle,
de Bruxelles, qui a l'estomac trop faible pour faire jamais un bon marin; il
supporta cette misère neptunienne sans perdre courage et sans un mot de regret
d'avoir quitté pour quelques années ses paisibles pénates. Tous les autres s'en
sont tirés assez bien. Quant à moi, j'ai tenu bon pendant tout le voyage et me
suis à peine ressenti du mal de mer. Aux vents violents et orageux, nous
pouvons ajouter quelque autre inconvénient : la machine à vapeur s'est
plusieurs fois dérangée, et à différentes reprises les chaudières ont menacé de
nous faire sauter en l'air : le charbon était d'une mauvaise qualité et
commença à manquer le douzième jour de notre voyage. On fut forcé de faire une
déviation de la course ordinaire, pour aller chercher un supplément de charbon
à Halifax, port de mer de la Nouvelle-Écosse. Cette négligence de la part de la
Compagnie du Hâvre a été bien funeste et fatale dans
ses conséquences.
Dans la matinée
du 6 décembre, à la hauteur d'environ cinq lieues du port, un pêcheur se
présenta à bord, en qualité de pilote, et déclara au capitaine, qui lui
demandait ses certificats, « que ses papiers se trouvaient dans sa barque
ou bien chez lui. » Le capitaine le
crut sur parole et lui confia le maniement du bateau. Contre l'avis des
officiers, le faux pilote change aussitôt de direction; malgré leurs
remontrances, il persiste dans son opiniâtreté. Une heure et demie plus tard,
le Humboldt va échouer contre les dangereux écueils appelés les Soeurs, dans le voisinage de l'île du Diable. Il
était six heures et quart du matin; la plupart des passagers se trouvaient
encore au lit. Le choc fut terrible. Je me promenais en ce moment sur le pont.
Découvrant bientôt de gros débris de bois flottant sur la surface de l'eau, je
m'empressai d'aller avertir du danger tous mes compagnons, qui, pour la
plupart, comme les autres passagers, étaient encore au lit. Je pris le jeune Hègle près de moi et l'y retins aussi longtemps que le
danger dura; j'avais une corde en main pour le descendre dans le premier esquif
qui serait lancé à l'eau; car cet enfant m'avait été confié par son père. Tout
le monde s'était levé en sursaut; l'épouvante et l'effroi avaient gagné tous
les cœurs; tandis que l'eau entrait dans le navire comme un torrent, le feu s'y
déclara. On parvint à l'éteindre, mais non sans de grands efforts, beaucoup de
présence d'esprit et une mâle énergie de la part du premier ingénieur. Comme si
tout conspirait à nous perdre, un brouillard s'éleva si épais qu'il nous ôta la
vue à trente pas du navire. On employa toute la force de la vapeur pour gagner
le rivage, qui était encore à une distance de deux lieues où six milles. Le
bateau ne tarde pas à pencher fortement du côté du bâbord où la voie d'eau
s'était faite, et il s'enfonça sensiblement. On travaillait à tous bras pour
lancer les esquifs à l'eau. Sans la présence d'esprit du capitaine et son
caractère ferme, il y aurait eu beaucoup de tumulte et de désordre. C'était une
lutte à qui les premiers en prendraient possession. Heureusement on n'eut pas
besoin de ce moyen de sauvetage. Tandis que la plupart croyaient que tout était
perdu, -- et j'étais de ce nombre, je me croyais au bout de ma carrière, -- le
navire toucha de nouveau dans quelques brasses d'eau et s'arrêta sur un rocher.
Nous étions sauvés !
Immédiatement
après le naufrage, le brouillard se leva et nous découvrîmes alors, pour la
première fois et à notre joyeuse surprise, que le rivage n'était qu'à une
centaine de pas de nous. La mer était calme; le vent cessa et le soleil se leva
avec majesté. C'était l'annonce du retour du beau temps qui nous avait quittés
au Hâvre de Grâce : il nous a accompagnés ensuite
jusqu'au Missouri.
Nous avons eu le
bonheur et le temps de sauver toutes nos malles, nos sacs de voyage et toutes
nos caisses. La perle du navire, avec sa cargaison, est évaluée à près de
3,000,000 de francs.
Nous avions eu
pour compagnons de voyage des juifs, des infidèles, des protestants de toutes
les nuances. Quelques-uns de ces voyageurs étaient fortement imbus de préjugés
contre notre sainte religion et surtout contre les Jésuites. Il en fut même qui
attribuèrent le naufrage à notre présence sur le Humboldt; aussi
firent-ils malicieusement la proposition « de nous forcer à nous éloigner
d’eux le plus tôt possible. »
Un bateau à
vapeur d'Halifax vint à notre secours quelques heures après le naufrage.
L'archevêque de cette ville, Mgr. Walsh, nous témoigna beaucoup de bonté et
d'amitié; il insista pour que l'évêque Miége et moi
nous logeassions chez lui.
Le lendemain,
nous eûmes le bonheur de célébrer le saint sacrifice de la Messe dans la cathédrale;
tous mes compagnons s'approchèrent de la sainte Table, pour rendre grâces à
Dieu et à la sainte Vierge de nous avoir sauvés du milieu de tant de périls, et
surtout du naufrage, où notre vie avait été exposée. De telles circonstances
sont bien propres à nous convaincre que nous sommes entre les mains du
Seigneur, qui nous protégé et nous conserve la vie, ou nous appelle quand il le
veut devant son tribunal.
Halifax compte
environ 25,000 âmes, dont un tiers sont catholiques. Cette ville a trois églises
catholiques, deux couvents et quatre écoles.
Le 8 décembre,
jour de l'Immaculée Conception, après avoir célébré la Messe, on vint nous
annoncer l’arrivée du vapeur le Niagara, qui fait le service entre
Liverpool et Boston, et, à chaque voyage, s'arrête à Halifax pendant deux heures. Tous les
passagers du Humboldt se rendirent à son bord, avec les passagers
anglais; le nombre des voyageurs dépassait les quatre cents.
Parmi les
passagers du Niagara se trouvait un petit homme, à barbe de bouc, ou
figure de singe, qui s'appelait Francisque Tapon, du pays des Chez-nous,
nouvel apôtre, envoyé pour illuminer l'univers ! Francisque se déclare l'ennemi juré de toute
religion, mais surtout du Pape et des Jésuites. En quittant Liverpool, il avait
dit tout haut et ouvertement, « qu'il tuerait le premier Jésuite qu'il
rencontrerait sur le sol américain. »
Il fut, en effet, si violent dans ses gestes et dans ses paroles, les
premiers jours du voyage, que le capitaine, par prudence, lui avait fait ôter
sa carabine, ses pistolets et ses poignards. J'appris cette belle histoire en
prenant ma place dans le Niagara; je conseillai à tous mes jeunes
compagnons d'éviter M. Tapon, et de ne prêter aucune attention ni à ses dires
ni à ses gestes. Il proclama du haut du pont le programme de son nouvel
évangile, « qui doit succéder à toutes les religions. » Ceux qui l'entendaient haussaient les
épaules, et on se disait tout bas : « Cet homme est fou. » En
débarquant à Boston, il fit plusieurs ablutions, au grand amusement des
passagers, déclarant « qu'il se lavait des dernières ordures de
l'Europe. » M. Tapon gagna
ensuite la ville, et nous le perdîmes heureusement de vue, sans coup férir.
Ce sera un
fanatique de plus pour ce pays, qui en a déjà reçu bien des milliers de toutes
les contrées de l'Europe. L'Amérique s'en ressent : ces individus
commencent à se remuer, à parler, à vouloir changer la Constitution de la
république, pour faire des États-Unis un pays de proscription, surtout contre
les catholiques. Les meurtres, les incendies d'églises, les persécutions contre
les prêtres, et bien d'autres maux se multiplient de jour en jour. C'en est
fait de la liberté si le radicalisme européen prévaut sur le sol de Washington.
Nul pays au monde ne saurait offrir autant de succès aux radicaux, et l'on
craint avec raison que cette belle république, si heureuse d'abord, ne soit
transformée bientôt, par les trames et les menées des libertins et des
démagogues européens, en une arène de divisions, qui doivent causer sa ruine.
Déjà les noms de liberté, de droits du peuple, deviennent synonymes de crime,
de violence, et cette transformation liberticide dégoûte les citoyens honnêtes,
probes et sensés.
Mais reprenons
notre carnet de voyage. Toute la journée du 29 fut belle et nous eûmes une
heureuse traversée d'Halifax à Boston, où nous abordâmes pendant la nuit. Nos
Pères nous y reçurent à bras ouverts et avec une bonté et une charité
extraordinaires, que tous les paroissiens, à l'exemple de leurs dignes
pasteurs, partagèrent avec eux. J'ajouterai, à la louange surtout de la
fervente congrégation allemande, desservie par ces prêtres, que pendant le
séjour de notre bande voyageuse à Boston, ils chargèrent notre table de
volailles, de légumes, de gâteaux et de fruits. Cette paroisse compte environ
3,000 catholiques, qui se distinguent dans la ville par leur zèle et leur
piété. Boston a une population catholique de 75,000 âmes. Pour tant de fidèles,
il n'y a en tout que quinze prêtres et quatre ou cinq écoles. Les Sœurs de
Notre-Dame de Namur y ont une école très-florissante et y font un bien immense;
leurs maisons font merveille en Amérique; aussi les demande-t-on de tous côtés,
surtout dans les grandes villes. Ces bonnes Sœurs instruisent, à Cincinnati, au
delà de 2,000 enfants.
J'ai accompagné
le jeune Fortuné Hègle, qui avait été confié à mes
soins, jusqu'à New-York, pour le placer, selon le
désir de ses parents, au collége de nos Pères à Fordham. On ne saurait se former une idée de l'augmentation
rapide et merveilleuse de cette grande métropole des États-Unis, sous le
rapport du commerce et de sa population. Le nombre de ses habitants dépasse
déjà 700,000 âmes; ils sont les descendants et les représentants de toutes les
nations de la terre. Le nombre des catholiques est de près de 200,000.
J'étais de retour
à Boston le 14. Le lendemain, dans la matinée, je quittai la ville avec tous
mes compagnons, déjà bien remis des fatigues et des inquiétudes éprouvées dans
la traversée de mer. Ils ne pouvaient revenir de leur étonnement de tout ce qu'ils
avaient vu et observé dans cette cité, appelée l’Athènes de l’Amérique.
Son commerce est extraordinaire; sa population dépasse 150,000 âmes.
Nous nous risquâmes sur le chemin de fer par Buffalo, Erie,
Cleveland et Columbus jusqu'à Cincinnati, ce qui représente une distance
d'environ 770 milles anglais, parcourus en cinquante-deux heures, y compris
tous les retards éprouvés aux stations. On change six fois de voitures dans ce
trajet. Ne vous étonnez pas que je me serve du mot risquer; car les
accidents sur toutes les routes sont très-fréquents et vraiment épouvantables.
Aujourd'hui, c'est un pont qu'on a laissé ouvert; un ingénieur étourdi, ivre
peut-être, ne fait attention à rien; machine et chars se précipitent dans le
gouffre; le lendemain, ce sont deux trains sur la même voie, en direction
opposée, qui s'élancent l'un dans l'autre avec toute la vitesse et la force que
la vapeur peut leur prêter. En un mot, il y a des accidents de tous genres.
Quand ils sont arrivés, on donne, dans les feuilles, la liste des morts et des
blessés, qui est souvent très-considérable; on fait une enquête, et, quelques
jours après, à peine en parlera-t-on encore !
A Cincinnati, nos
Pères étaient au comble de la joie de nous y voir arriver avec treize nouveaux
et jeunes compagnons, remplis d'un zèle fervent pour travailler dans cette
vaste vigne du Seigneur. A mesure que je m'approchais de Saint-Louis, je
respirais plus librement; les inquiétudes, occasionnées par les dangers du
voyage, me quittaient l'une après l'autre; je n'avais plus qu'un pas à faire
pour être à ma destination. Toutefois ce pas mesure encore 700 milles, dont 530
étaient à parcourir sur l'Ohio et 170 sur le fleuve Mississipi. Or ces deux
rivières aussi donnent chaque année une très-longue liste d'accidents, qui
consigne un nombre effrayant de victimes. Nous nous
mîmes sur l'Ohio le 20, en bateau à vapeur, et le lendemain nous fûmes les
hôtes de nos Pères à Louisville, au Kentucky. Le 22, nous continuâmes notre
descente, sans rencontrer le moindre obstacle jusqu'à l'embouchure.
Mes jeunes
compagnons admiraient continuellement les beaux paysages et les belles vues qui
se présentaient, à chaque instant, sur les deux rives de cette belle rivière;
c'est une chaîne de côteaux pittoresques qui des
bas-fonds riches, bien cultivés et remplis de grandes fermes, s'élèvent à
plusieurs centaines de pieds; c'est une succession de villes florissantes et de
beaux villages.
Le Mississipi est
plus dangereux que l'Ohio; il exige, surtout en hiver, beaucoup de précautions,
car le fleuve est alors bas, rempli de bancs de sable, de chicots, et il
charrie dans sa course une masse de glaçons. Plusieurs fois nous nous trouvâmes
dans les plus grands dangers : à trois reprises différentes, le bateau à vapeur
échoua avec tant de force qu'on le croyait perdu. Dans notre course, nous vîmes
les débris de cinq grands bateaux, récemment échoués et mis en pièces.
Cinq PP.
Lazaristes, naufragés, comme nous, du Humboldt, nous devancèrent de
quelques jours à Saint-Louis, après avoir fait une seconde fois naufrage, ayant
l'eau jusqu'au cou. Enfin le 26 nous arrivâmes sains et saufs à l'université de
Saint-Louis. Je ne pourrais vous exprimer les sentiments de joie et de
reconnaissance envers le bon Dieu, que j'éprouvai en me trouvant avec tous mes
compagnons au terme de ma longue course et au milieu de mes frères en
Jésus-Christ. Une heure après notre arrivée, j'eus le bonheur d'offrir le saint
sacrifice de la Messe en actions de grâce pour la protection et les bienfaits
que nous avions reçus du Ciel dans le trajet de Gand à Saint-Louis.
Veuillez me croire,
Mes très chers frères ,
Votre tout dévoué frère,
P. J. DE SMET, S. J.