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1856 - lettre 22 - Situation religieuse de Saint-Louis et de Saint-Ferdinand - Mort du P. Bax - Les Osages.

Lettre 22

SITUATION RELIGIEUSE

 

DE SAINT-LOUIS ET DE SAINT-FERDINAND.

 

MORT DU P. BAX. - LES OSAGES.

 

VINGT-DEUXIÈME LETTRE DU R P. DE SMET

 

au directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.

 

                  Mon révérend Père,

 

Voici la copie d'une lettre que j'ai écrite à M. le chanoine De la Croix, à Gand. Si ce digne ecclésiastique en permet la publication, elle pourra faire suite à celles que je vous ai adressées directement.

 

Collége Saint-Joseph, au Kentucky, 16 avril 1855.

 

                  Monsieur le Chanoine,

 

Je viens d’apprendre, par une lettre d’un de nos Pères de Belgique, qu'il a été autorisé par vous de nous annoncer une                  bonne aumône sur l'allocation de la Propagation de la Foi de Lyon, pour aider la Société dans ses travaux au Missouri, qui s'étendent aujourd'hui dans plusieurs autres États et territoires, situés à l'ouest de cette vaste république. Je vous en remercie, au nom du R. P. Provincial, avec les sentiments de la plus sincère et de la plus vive reconnaissance.

 

Depuis l'époque de votre départ, il y a eu bien des changements dans les parages que vous êtes venu évangéliser un des premiers. Je pense vous faire plaisir en entrant dans quelques détails sur les villes de Saint-Louis et de Saint-Ferdinand, que vous avez si bien connues, et sur la tribu nomade des Osages, dont vous avez été le premier apôtre.

 

En 1823, Saint-Louis comptait de 3,000 à 4,000 habitants. Il n'y avait qu'une seule et pauvre église catholique, et deux écoles; aujourd'hui sa population dépasse 120,000 âmes; elle a une belle cathédrale avec onze autres églises, un séminaire pour le clergé séculier; un grand et magnifique hôpital dirigé par les Sœurs de Saint-Vincent de Paule, un collège de 150 internes, 120 demi-pensionnaires et externes, et 300 à 400 enfants admis gratuitement. II y a un pensionnat pour les enfants de bonnes familles, dirigé par les Frères des Écoles Chrétiennes; les Dames du Sacré-Cœur, les Sœurs de la Visitation et les Ursulines y ont de beaux et vastes pensionnats pour les jeunes demoiselles. Cinq asiles pour les deux sexes contiennent au delà de 500 enfants; il y a en outre un asile d'enfants trouvés. Une maison de retraite est ouverte aux pénitentes et aux jeunes filles en danger. Onze ou douze écoles pour les garçons et les filles sont dirigées par des religieux et des religieuses. Je regrette de ne point connaître la statistique du fructus animarum (fruit des âmes) dans toutes les églises de la ville; il doit être bien consolant, car toutes les églises sont très fréquentées.

 

La ferveur des catholiques répond partout au zèle de leurs dignes pasteurs. L'union et la bonne harmonie qui règnent dans tout le clergé, séculier et régulier, sous l'administration paternelle de notre vénérable archevêque, contribuent beaucoup à propager notre sainte religion et à entretenir la ferveur parmi les fidèles de Saint-Louis. La foi marche de front avec l'agrandissement rapide et merveilleux de notre ville florissante, que vous avez vue dans son berceau.

 

Voici quelques détails sur les fruits spirituels dont peut se réjouir l'église de Saint-François Xavier. Dans le courant de l’année dernière, les communions y ont dépassé 50,000. Chaque année, les conversions de protestants à la religion catholique y montent à 60,000 ou 80,000. Les deux sodalités de la Sainte-Vierge comptent au delà de 400 membres, appartenant à tous les rangs de la société; des avocats, des médecins, des banquiers, des négociants, des commis, des artistes en font partie; tous approchent de la sainte table une fois par mois et

portent la médaille miraculeuse de notre bonne Mère. L'archiconfrérie compte 5,000 à 6,000 membres; la confrérie du Sacré-Cœur, 2,000. L'école dominicale, attachée à l'église, est fréquentée par près de 1,000 enfants.

 

De Saint-Louis à Saint-Ferdinand ou Florissant, distance de 15 milles, c'est une suite continuelle de belles fermes et de jolies maisons de campagne. Vous auriez, monsieur le Chanoine, de la peine à vous y reconnaître. Le couvent dont vous êtes le fondateur a été agrandi depuis votre départ et est passé entre les mains des Lorettines, qui forment une branche de la maison de Lorette du Kentucky, instituée par le vénérable M. Nerinckx. L'ancienne ferme de l'Évêque a été beaucoup agrandie. De l'ancienne cabane que vous y habitiez et de la crèche qui vous servait de lit, il ne reste plus qu'un souvenir édifiant; nos Frères les ont remplacées par un noviciat et un scolasticat, bâtis en pierres de taille; ces deux établissements renferment aujourd'hui une communauté de près de soixante religieux, dont quarante sont novices; parmi ces derniers se trouve un bon nombre d'Américains.

 

Vous apprendrez sans doute avec plaisir quelques nouvelles de la mission du B. Hieronymo parmi les Osages, où vous êtes allé vous-même le premier préparer les voies et annoncer les grandes consolations de l'Évangile. La semence de salut, que vous avez jetée et qui a été abandonnée ensuite, n'a point été stérile. Vous connaissez les difficultés de la mission des Osages. Étant dans le voisinage des frontières des États-Unies, ces sauvages apprennent et adoptent facilement tous les vices des blancs, sans y joindre aucune de leurs vertus. Ils oublient la frugalité et la simplicité qui les distinguaient autrefois, pour s'adonner à l'intempérance et à la perfidie des pays civilisés. Cependant, chaque année un nombre assez considérable d'adultes entrent dans le sein de l'Église; un plus grand nombre d'enfants reçoivent le baptême, et comme ils meurent souvent très jeunes, ce sont autant d'âmes innocentes qui vont intercéder au ciel pour la conversion de leurs malheureux parents, ensevelis dans les superstitions les plus grossières du paganisme.

 

Au printemps de 1852, une maladie épidémique, qui` fit de grands ravages, fut pour un grand nombre, tout en affaiblissant les forces de la nation, une heureuse occasion de salut. La violence de cette maladie, contre laquelle le sauvage ne peut pas facilement être amené à prendre les précautions nécessaires, les souffrances de toute la tribu, la frayeur universelle, la douleur, toutes ces misères se présentant sous mille formes différentes, navraient le cœur des missionnaires; l'idée que la Providence ferait tourner au bien des âmes un si grand fléau était seule capable de les consoler.

 

Pendant cette année malheureuse, et lorsque la plus grande violence de la maladie avait cessé, tiens eûmes à déplorer la perte du R. P. Bax, qui tomba victime d'une charité vraiment héroïque, exercée envers les pauvres sauvages, pour soulager leurs souffrances et gagner leurs âmes à Dieu. Le P. Bax était né le 45 janvier 1847, au village de ***, près de Turnhout, en Belgique. Le mal, qui avait commencé parmi les enfants de la mission, s'était propagé rapidement dans tous les villages de la tribu. Le P. Bax, par ses connaissances en médecine et par les guérisons qu'il opérait, était renommé dans toute la nation. Les sauvages venaient en troupes de tous côtés pour l'appeler dans leurs camps. Il serait difficile de se faire une idée de toutes les fatigues qu'il eut à endurer. Dès le matin, après avoir donné quelques secours aux enfants de l'école de la mission, il allait dans les environs, de cabane en cabane, portant la consolation et la joie sur tout son passage. Il se dirigeait ensuite vers les autres camps de la nation, pour y répandre les mêmes bienfaits. Il fallait employer plusieurs jours et endurer de très grandes fatigues pour les parcourir. Le zélé religieux administrait les derniers sacrements aux moribonds, baptisait les enfants mourants, instruisait les catéchumènes, exhortait et souvent réussissait à convertir les plus obstinés. Il faisait à la fois l'office de médecin, de catéchiste et de prêtre. Il ne retournait à la maison des missionnaires, épuisé de fatigue, que pour recommencer le lendemain les mêmes œuvres de charité et de zèle, bravant les intempéries de la saison, les pluies fréquentes du printemps, les chaleurs soudaines et immoderées de l'été, les froids subits qui succèdent à la chaleur dans ces parages à cette époque de l'année.

 

Tout ce dévouement n'empêcha pas la malice de quelques ennemis, disons plutôt, la rage de l'enfer irrité à la vue de tant d'âmes qui lui échappaient. Le démon inventa contre le bon missionnaire et contre toute la mission une calomnie, très ridicule, sans doute, aux yeux des gens civilisés, mais entièrement d’accord avec les préjugés, les superstitions et la crédulité du sauvage américain. L'on répandit partout dans les camps indiens que les blancs étaient les auteurs du fléau; que les Robes-Noires, c'est-à-dire les Pères, avaient un charme magique, vulgairement appelé médecine, qui tuait les sauvages; que ce charme était un certain livre dans lequel ils inscrivaient les noms des Osages, et que par là ils obtenaient un pouvoir de vie et de mort sur tous ceux dont le livre mystérieux contenait les noms. Il parlait du registre des baptêmes. C'est une croyance superstitieuse parmi eux que quiconque possède un livre a un empire absolu sur la vie de ceux dont les noms y sont inscrits. La calomnie se répandait de village et village, dans toutes les cabanes; à mesure qu'elle se propageait, elle devenait de plus en plus noire dans ses détails. Des malveillants allaient partout, exhortant leurs compagnons à attaquer la mission, et disant qu'ils pourraient arrêter la maladie, s'ils parvenaient à détruire le terrible charme magique, à brûler le livre enchanté, tenu par les missionnaires. Ce conte absurde suffisait pour engager plusieurs parents à retirer leurs enfants de l'école de la mission.

 

Heureusement, les Robes-Noires avaient des amis puissants parmi les chefs de la nation. On n'alla pas plus loin. En raisonnant avec les Indiens les plus intelligents, on parvint à apaiser toute la rage et toute la malveillance. Le Seigneur, qui permet à la tempête de s'élever, sait aussi l'apaiser quand bon lui semble.

 

Le ciel accordait ses bénédictions aux efforts du P. Bax et de ses confrères dans ce pénible ministère. De 1,500 sauvages environ qui furent emportés par l'épidémie, tous, à l'exception d'un petit nombre, eurent le bonheur d'être munis des derniers sacrements de l'Église avant de mourir. Saisi enfin lui-même des symptômes du mal, le P. Bax consinuait ses travaux ordinaires et se traînait à la visite des malades et des moribonds. Son zèle ne lui permettait d'y faire aucune attention. Les forces bientôt lui manquèrent entièrement. Il était lui-même presque mourant quand il travaillait encore. Il dut enfin consentir à se laisser transporter à quarante milles environ de la mission, jusqu'au fort Scott, poste militaire où résidait alors un des médecins les plus habiles de l'armée des États-Unis. Il était trop tard : tous les soins du médecin furent inutiles. Le bon religieux, l'infatigable missionnaire était un fruit mûr pour le ciel. Au bout de deux semaines, il mourut comme il avait vécu. Ses dernières aspirations montraient encore son zèle ardent pour la conversion de ses chers sauvages.

 

Pendent les cinq années qu'il avait passées dans les missions, il ramena à la foi un grand nombre de métis, qui, baptisés autrefois dans l'église catholique, avaient été, faute de prêtres et d'instructions, malheureusement pervertis par des ministres protestants; en outre, il baptisa plus de 2,000 sauvages, tant enfants qu'adultes et de tout âge. Il instruisait ses néophytes avec le plus grand soin et la plus grande assiduité. Sa charité avait si bien gagné les cœurs, que tous ces sauvages ne l'appelaient que par le beau mot de la langue osage qui signifie un père qui est tout cœur.

 

Sa mort a laissé de profonds regrets. Ses confrères, qui le chérissaient, n'avaient cessé d'être édifiés par son exemple et ses vertus dans sa vie religieuse; les blancs qu'il visitait sur les frontières des États, qu'il fortifiait et encourageait dans l'abandon où ils se trouvaient, l'aimaient, comme un protecteur; mais sa perte fut surtout ressentie par la tribu qu'il évangélisait avec tant de constance, d'ardeur et de succès.

 

Quelques jours avant sa mort, le P. Bax m'écrivit :

« La contagion se répand parmi les Indiens, et la mortalité est très grande. La difficulté sera de rassembler de nouveau notre troupeau dispersé; toutefois, j'ai la consolation de pouvoir dire que jamais encore, soit parmi les nègres, soit parmi les blancs, soit parmi des religieux ou des gens du monde, je n'ai été témoin d'autant de ferveur et de piété au lit de la mort. Ce sont des morts bien édifiantes que celles dont nos jeunes néophytes ont donné l'exemple. Quelques-uns, de leur propre mouvement, demandèrent à tenir le crucifix entre leurs mains; ils le serraient sans le laisser, durant plus de deux heures. La statue de la sainte Vierge devait être placée près de leur oreiller. Implorant le secours de leur bonne Mère, ils fixaient des yeux mourants sur son image. Ils jouissent déjà, j'en ai le ferme espoir, de la présence de Dieu. Le Seigneur semble vouloir recueillir dans sa grange céleste le peu que nous avons semé ici-bas. Quels peuvent être les desseins de sa Providence pour l'avenir de notre mission?  Nous ne pouvons et nous n'osons le conjecturer. Que sa sainte volonté s'accomplisse. »

 

C'est la dernière lettre que j'ai eu le bonheur de recevoir du P. Bax.

 

La nation des Osages, comme la plupart des autres tribus du Grand Désert américain qui furent autrefois si nombreuses et si florissantes, diminue rapidement en nombre. Elle est réduite maintement ü 3,000 âmes à peu près et divisée en douze villages situés en différents rayons, autour du centre de la mission. Ordinairement les Osages habitent ou campent dans les vallées sur les bords des rivières, ou près de quelque source d'eau pure et abondante. Ils y vivent, pour la plupart, comme aux temps primitifs, de racines et des fruits spontanés de la terre, et des animaux qu'ils tuent à la chasse.

 

Il y a seulement deux Pères pour visiter ces différents villages, situés à des distances de cinquante à soixante-dix milles les uns des autres. Les travaux et les fatigues du saint ministère y sont très grands. Il faut instruire les catéchumènes, soutenir les néophytes, visiter les malades et les moribonds, et faire des efforts continuels pour convertir les adultes obstinés. Au milieu de tant d'obstacles, de tant de privations et de difficultés, les missionnaires trouvent aussi de douces consolations dans les fruits que le Seigneur daigne accorder à leurs labeurs. Chaque année ils baptisent parmi les Osages environ deux cent cinquante personnes.

 

Les missionnaires visitent aussi les tribus voisines, telles que les Quapaws, qui sont au nombre de trois cent cinquante seulement, et dont cent trente adultes et enfants ont été baptisés dans le courant des deux dernières années. Des familles entières ont reçu le baptême, parmi les Piorias et les Miamis. Les Sénécas, les Cherokies, les Cricks, les Shawanous et d'autres nations, situées au sud de la mission, à deux cents milles de distance, ne peuvent être visités qu'une ou deux fois par an. Malgré l'opposition des ministres protestants, il y a des catholiques parmi toutes ces tribus. Un grand nombre de familles catholiques européennes vivent dispersées sur les frontières des États du Missouri, de l'Arkansas et du Texas, qui bordent le territoire indien appelé aujourd'hui le Kanzas. Elles reçoivent de temps en temps la visite et des secours spirituels par l'un ou l'autre Père de la mission du B. Hieronymo. La vue d'un prêtre, le bonheur d'entendre la messe et d'approcher de la sainte table arrachent des larmes de joie à ces bons enfants de l'Église. Sans ces visites, ils seraient entièrement abandonnés. Le manque de prêtres aux États-Unis est une des causes principales de la défection de milliers de catholiques qui perdent insensiblement la foi.

 

Deux écoles ont été établies dans la mission des Osages : l'une pour les garçons, sous la direction d'un Père et de plusieurs Frères; l'autre pour les filles, sous la direction des Lorettines, venues du Kentucky. Ces deux écoles contiennent ordinairement au delà de cent pensionnaires indiens. On y enseigne les éléments des lettres, avec les principes de la civilisation, en même temps qu'on excite la piété dans les cœurs. Ces écoles donnent l'espoir qu'on pourra changer un jour ces tribus sauvages en des communautés d'Indiens chrétiens et civilisés. Il sera difficile, surtout dans ces parages, d'amener les adultes à ce mode d'existence : ils sont trop accoutumés à la vie errante et nomade, à la vie des forêts et des plaines, trop fiers de leur sauvage indépendance et souvent adonnés aux vices infâmes des blancs, à l'usage immodéré des ligueurs fortes, qu'ils obtiennent facilement par leur commerce avec ces derniers et dans leurs visites fréquentes aux frontières des États. Chaque conversion sincère et durable dans ces parages est un miracle de la grâce.

 

Le gouvernement des États-Unis accorde aux Osages, pour l'entretien de leurs écoles, un subside annuel, provenant de la vente de leurs terres. Ce secours étant insuffisant, et afin de donner un éclatant témoignage d'attachement et d'amitié pour les Robes-Noires, tous les chefs de la nation ont obtenu, par traité, du gouvernement une augmentation des fonds destinés au soutien des écoles; plus une donation libérale pour pourvoir à d'autres nécessités de la mission. Celle-ci possède une ferme qui contribue à défrayer les dépenses. Malgré tout cela, on peut dire que les missionnaires sont encore obligés de mener une vie pauvre et dure, au milieu de bien des privations. Toutefois la mission des Osages est établie sur un pied assez solide. Voici un extrait tiré du message annuel du président des États-Unis, de 1854. L'agent des Osages, dans son rapport au gouvernement, en parlant de cette nation, dit :

« Les écoles, sous la direction des Pères de la Compagnie de Jésus, parmi les Osages, sont très florissantes. Ces Pères méritent de grands éloges pour les efforts qu'ils font afin d'améliorer le sort de la nation. J'ai eu le bonheur d'assister à l'examen de leurs écoliers; je joins volontiers à d'autres mon témoignage en faveur de la méthode suivie dans ces établissements. Je doute qu'il y ait, dans le territoire indien, d'autres écoles qui exercent une influence aussi salutaire sur l'esprit des Indiens et qui pourraient être comparées à celles-ci. Les élèves font des progrès rapides dans leurs études, ils sont bien nourris et bien vêtus, et paraissent heureux et contents.

» L'établissement catholique ainsi que toute la nation des Osages ont fait une perte irréparable par la mort du révérend et infatigable Père Bax. La saison la plus rigoureuse ne pouvait jamais empêcher ses visites aux portions les plus reculées de la nation, lorsqu'il s'agissait de porter des secours et des consolations aux malades et d'accomplir les devoirs de son ministère. »

 

L'on ne peut sans gémir jeter les yeux sur l'immense territoire indien, qui s'étend jusqu'aux Montagnes-Rocheuses. Là, un grand nombre de nations continuent toujours d'errer. Il ne reste qu'une faible lueur d'espoir d'obtenir des secours spirituels. Ce n'est pas que le champ soit stérile : il a été parcouru déjà par les R. P. Hoeken et Point, tous les deux de la Compagnie de Jésus, et par les révérends messieurs Belcourt et Bavaux. Je l'ai parcouru moi-même à différentes reprises dans toute son étendue. Tous les missionnaires déclarent, comme d'une voix unanime, que partout dans leurs visites ils ont été accueillis par les Indiens avec la plus grande bienveillance; que tous leur ont témoigné le plus vif intérêt pour notre sainte religion. Plusieurs milliers d'enfants et un grand nombre d'adultes, surtout parmi les Pieds-Noirs, les Corbeaux, les Assiniboins, les Sioux, les Poucahs, les Ricaries, les Minataries, les Sheyennes, les Rapahos, y ont déjà été régénérés dans les saintes eaux du baptême. Le personnel et les moyens matériels ont manqué jusqu'ici pour y commencer des établissements durables. Chaque année les sauvages renouvellent leurs invitations. Nous continuerons de nous adresser au Maître de la vigne, afin qu'il nous envoie des auxiliaires pour étendre nos missions dans cette vaste région. Messis quidem multa, operarii vero pauci.

 

Par une lettre reçue récemment des Montagnes-Rocheuses et écrite par le P. Joset, j'apprends que les Indiens de nos différentes missions de 1'Orégon continuent de donner beaucoup de consolations à leurs missionnaires, par leur zèle et leur ferveur dans les saintes pratiques de la religion.

« J'espère, m'écrit le P. Joset, que la confirmation qu'ils viennent de recevoir va donner encore plus de stabilité à leurs bonnes résolutions. Quoique l'arrivée de Mgr. Blanchet n'eût été annoncée que quelques heures auparavant (car il n'y a pas encore de poste dans ces parages) et qu'on n'eût pu réunir que la moitié des néophytes, le Prélat a cependant donné la confirmation à plus de six cents fidèles. Le Pasteur a été enchanté de nos missions et de nos néophytes.

 

Dans ces différentes missions, les conversions à la foi sont chaque année très consolantes.

Nos nouveaux établissements dans la Californie vont bien; notre collége de Santa Clara a près de cent pensionnaires.

 

Veuillez, monsieur le Chanoine, présenter nies très humbles hommages de respect et d'estime à Mgr. l'évêque de Gand, à M. le président du grand séminaire, à MM. les chanoines Van Crombrugghe, De Smet, Helias, De Decker, à nos révérends Pères.

 

Recommandez-moi, s'il vous plaît, aux prières de vos bonnes religieuses et permettez-moi de me recommander spécialement à vos saints sacrifices, en union desquels j'ai l'honneur d'être,

 

                  Monsieur le Chanoine,

 

                            Votre très humble et très obéissant serviteur,

 

                                                                  P. J. DE SMET, S. J.