- Le Père
Jean-Baptiste Smedts, de la Compagnie de Jésus, est
mort en Amérique, à Saint-Louis, dans l'État du Missouri le 19 février.
Né à Rotselaer, en Brabant, le 11 avril 1801, il fit partie de la
colonie de missionnaires qui recommencèrent, en l823, sur les rives du Missouri
et du Mississipi, les travaux des anciens Jésuites, interrompus au siècle
dernier par la suppression de la Société. Il avait quitté la Belgique, sa
patrie, en 1821, avec quelques jeunes Belges, MM. Félix Verreydt,
de Diest, Josse Van Assche,
de Saint-Amand, et Pierre Jean De Smet,
de Termonde; tous étaient sous la conduite du digne et vénérable M. Nerincks, prêtre séculier belge, missionnaire distingué de
l'Amérique et apôtre du Kentucky. Comme il fallait se tenir en garde contre un
gouvernement ombrageux, ennemi de la religion catholique et hostile surtout aux
missions, le départ se fit aussi secrètement que possible. Pour cette raison,
le P. Smedts se vit forcé de faire un douloureux
sacrifice et de partir, comme ses compagnons, sans avoir dit un dernier adieu à
ce, qu'il avait de plus cher au monde, ses parents, ses frères, ses soeurs, ses amis. Ils avaient dû mendier, pour l'amour de
Dieu et pour le salut des âmes, l'argent nécessaire aux dépenses d'un long
voyage. Arrivé à Amsterdam, le 27 juillet, il se rendit de là à l'île de Texel,
pour se mettre à l'abri des recherches du gouvernement hollandais, qui venait
d'intenter des poursuites. La veille de l'Assomption de la sainte Vierge, il
quitta l’île et s'embarqua dans une barque ouverte de pécheurs, qui le
conduisit à-bord du vaisseau américain la Colombie, qui attendait les
missionnaires à une grande distance de la côte.
Le 6 octobre de
la même année, le P. Smedts commença son noviciat à
White-March, dans le comté du Prince George, État du Maryland, où les Jésuites
avaient une mission depuis plusieurs années. II était encore novice quand le
Provincial, à la demande spéciale de Mgr. Du Bourg, évêque de la Louisiane et
de tous les grands territoires à l'ouest du fleuve Mississipi, l'envoya au
Missouri avec les cinq Belges venus avec lui, ainsi que le P. Van Quickenborne, de Peteghem, maître
des novices, le P. Timmermans, de Turnhout, et trois frères coadjuteurs, savoir
: Pierre De Meyer, des environs d’Audenarde, Henri Rieselman, d’Amsterdam, et un Américain. L'on peut à peine
imaginer les fatigues qu'il eut à endurer dans ce nouveau voyage de quatre
cents lieues, fait à pied, à travers un pays qui, à cette époque, était encore
peu habité, et dans de lourdes barques flottant sur les eaux de l'Ohio.
Les premières
années de son séjour au Missouri furent passées dans une pauvre cabane tenant
lieu de noviciat, située près du petit village de Saint-Ferdinand,
à six lieues environ de Saint Louis. Ordonné prêtre en 1826, il passa plusieurs
années dans les missions, dans les villes naissantes et villages du Missouri,
se distinguant constamment par son grand désir du salut des âmes, et par un
zèle infatigable qui lui faisait surmonter avec joie toutes les fatigues
attachées aux missions d'un pays nouveau, presque entièrement dépourvu de
prêtres. Plus tard il remplit, pendant plusieurs années, la charge importante
de maître des novices, jusqu'en 1849. Il passa le reste de sa vie, soit dans
les missions, soit dans lus fonctions de ministre ou de Père spirituel dans les
colléges. Il avait cette dernière charge dans
l'université de Saint-Louis, et était directeur spirituel d'un grand nombre
d'élèves, quand il fut attaqué de la maladie de langueur dont il mourut.
Sa vie avait
toujours été irréprochable et exemplaire. Éloigné du monde, simple dans ses
manières, patient dans les souffrances, il avait, de plus; épuisé ses forces au
service du Seigneur. La mort n'avait pour lui rien d’effrayant; il la vit
approcher avec une grande paix d'âme et une vive confiance dans les
miséricordes divines; il désirait briser
ses liens et s'unir à son Dieu. Espérons qu'il est allé rejoindre au ciel son premier
compagnon de voyage, le P. Elet, et toute la troupe
de saints missionnaires qui le précédèrent dans ces missions du Nouveau-Monde
(1).
1 Cette
notice nous a été envoyée d'Amérique par le R. P. De Smet.
«Je pense, dit-il dans sa lettre datée de Cincinnati le 12 mars, qu il serait
agréable aux parents et amis, ainsi qu'aux anciennes connaissances qu’avait le
P. Smedts au grand séminaire de Malines, si vous
pouviez accorder une petite place à cette notice dans vos Précis Historiques,
S. E. le Cardinal était Professeur au séminaire lors du départ du défunt; Mgr.
De Ram, les très-révérends MM. Bosmans et Van Hemel, etc., etc., l'ont très bien connu. Le recteur
magnifique de l'université de Louvain, mon ami intime de collège, donna même un
pas de conduite au P. Smedts et à moi, jusqu'à
Contich ou Waelhem. Ce fut là qu'il me demanda un
souvenir; n'ayant rien de mieux sur moi, je pliai un sou en deux avec les dents
et le lui donnai. Il le conservait encore en 1848. »