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La Belgique est un petit pays et la Flandre n'a qu'une population relativement réduite, mais cela ne signifie pas que les gens de chez nous n'ont joué que des rôles secondaires sur la scène mondiale. De nombreux Flamands sont connus dans l'histoire étrangère, mais on ne peut pas toujours les rattacher avec précision à leur lieu d'origine. Belgique, Pays-Bas, France du Nord, Hollande du Sud, Bruxelles, Flandre et Wallonie..., vu de l'extérieur tout cela est un peu confus. Pourtant, quand on voyage on s'aperçoit que des traces de notre culture se rencontrent, elles aussi, dans les pays lointains, et que des gens de chez nous y ont souvent joué des rôles significatifs.

C'est bien le cas aussi en Amérique du Nord. Pieter Minnewit, le troisième gouverneur de la Nouvelle-Néerlande à New-Amsterdam (New York), Louis Hennepin, qui rencontra La Salle et reconnut le Mississippi, le Père Damien, missionnaire chez les lépreux de Molokaï, sont des figures connues en Amérique. Celui qui creuse un peu l'histoire des États-Unis rencontre des compatriotes moins connus, comme Victor-Eugène-Auguste Janssens qui a joué un rôle dans l'histoire de la Californie, ou un certain Hardcoop qui a payé de la vie sa participation au sort malencontreux de la caravane de Donner dans le Nevada.

Dans notre pays Pierre-Jean ou Pieter-Jan De Smet n'est pas un inconnu, mais au cours des dernières années lui-même et son œuvre missionnaire sont quelque peu passés à l'arrière-plan, et cela est regrettable, parce que De Smet a été un missionnaire exceptionnel. Aux États-Unis Peter-John est aujourd'hui encore un "Flamand célèbre". Jeune homme il est parti en 1821 pour l'Amérique du Nord et il y est devenu le pionnier de l'œuvre missionnaire chez les Indiens des Montagnes Rocheuses. Jusqu'à sa mort en 1873 il est intervenu plusieurs fois entre le gouvernement américain et les Indiens. De plus il a fait sur tous, tant catholiques que protestants, une impression positive. Mais De Smet a surtout pris sur lui la protection de la population autochtone de l'Amérique du Nord. Il a été le bienvenu de toutes les tribus parce que celles-ci ont vite compris qu'il était réellement de leur côté.

De Smet a vécu une période orageuse dans l'histoire du Far-West. Il a vu sa ville d'adoption, Saint-Louis, émaner vertigineusement de son rôle de "Porte de l'Ouest". Cette prospérité est devenue possible grâce au commerce avec le Mexique indépendant (1821), au succès des chasseurs et des commerçants de peaux (1824-1841), de la création de la navigation sur le Mississippi et de l'émigration massive d'Est en Ouest (1841-1869). Mais cette prospérité s'est faite aux dépens des Indiens qui dans ce mouvement ont été poussés dans la misère.

Au cours de la vie de De Smet les états américains ont évolués vers leurs frontières actuelles. Le Texas a d'abord été pendant quelque temps indépendant (1836), puis après la guerre du Mexique il a été annexé en même temps que le Nouveau-Mexique, l'Arizona, l'Utah, le Nevada et la Californie (1846). En plein "Grand Désert", les Mormons ont finalement trouvé leur "Sion" et y ont fondé leur état Deseret, l'actuel Utah (1847). La fièvre de l'or a été le clairon du départ pour les vagues massives d'émigrants vers la Californie (1847), le Colorado (1859) et le Montana (1862). Pour tenir ensemble tout ce territoire, il a fallu améliorer dramatiquement la communication entre l'Est et l'Ouest. De Smet a accompagné la naissance de la navigation sur le Missouri, la construction des premières routes, la mise en service des voitures de poste (1857) et les services de courrier (comme le Pony Express en 1860), l'usage des liaisons télégraphiques (1861) et du chemin de fer transcontinental (1869). De Smet a aussi vécu les dangereuses années de la Guerre de Sécession dans l'état-frontière du Missouri.

De Smet a vu la conquête de "l'Ouest". Nous devons bien comprendre que ce simple jeune homme de Termonde a été le premier Européen à pénétrer dans de nombreuses régions du nord-ouest de l'Amérique. Il n'y est jamais allé comme explorateur ou conquérant, mais comme missionnaire pour convertir les Indiens, et plus encore comme être humain préoccupé du sort de la population autochtone menacée. Il a ainsi rencontré de nombreux personnages historiques. Il a parlé avec le président Lincoln, voyagé avec le chasseur de peaux Thomas Fitzpatrick et dormi dans le tipi du terrible Sitting Bull.

Naturellement il n'a pas été le seul. Beaucoup d'autres envoyés vers l'Ouest ont été actifs, venant eux aussi de nos contrées. Cependant De Smet a mis sur le papier toutes ses découvertes. Pour les historiens américains les lettres et les livres de De Smet sont une importante source d'information. Pour nous ils sont le rappel d'un compatriote plein d'intérêt qui a signifié quelque chose sur le plan mondial.

Le 30 janvier 2001 nous nous sommes souvenus du bicentenaire du Père Pierre-Jean De Smet, ce qui forme une bonne introduction au présent site.

(© Victor Driessens)