LOUISE SIGHOUIN
SAUVAGE DE LA TRIBU DES
CŒURS-D’ALÊNE
MORTE
EN ODEUR DE SAINTETÉ, EN 1853.
I. - Enfance et baptême de Louise.
Louise Sighouin,
de la tribu des Skizoumish, ou Cœurs-d'Alêne ¹, fille du chef de cette
tribu, était douée des plus belles qualités de l'esprit et du cœur, qui lui
attirèrent l'estime et le respect, non-seulement de toute sa peuplade, mais
encore des tribus voisines et des blancs qui avaient eu l'occasion de la
connaître. Humble et pauvre enfant, mais riche en vertus et élevée en grâces,
Louise a fleuri dans le désert comme le lys entre les épines. C'était une oasis
au milieu de l'aridité stérile; c'était une lumière au milieu des ténèbres de
la mort. A l’exemple de la pauvre femme de l'Évangile, elle avait cherché et
trouvé le trésor perdu, et elle le conserva précieusement tous les jours de sa
vie, jusqu'à son dernier soupir.
¹ On sait que le mot alêne
signifie une espèce de poinçon de fer, qui est emmanché dans un morceau de bois
rond, et dont on se sert pour percer le cuir et pour coudre. Ce mot, associé à
celui de cœur, donne une idée de la férocité de cette peuplade avant l'arrivée
des missionnaires. (Note de la
rédaction.)
Avant son
baptême, on remarquait déjà en elle une modestie rare et pleine de réserve, une
grande douceur et un jugement solide. Partout on l'écoutait avec admiration et
avec plaisir, et sa compagnie était recherchée dans toutes les familles.
En octobre 1841,
une nouvelle ère se préparait pour elle. Dans les missions que je donnais alors
dans les parties supérieures des Montagnes-Rocheuses, je rencontrai pour la
première fois trois familles de Cœurs-d'Alêne, revenant de la chasse aux
buffles dans les plaines du Missouri supérieur. Elles se joignirent à ma petite
bande, et nous fîmes route ensemble. Je les trouvai d'un caractère doux,
affable, poli, et surtout très avides de la parole de Dieu. Pendant plusieurs
jours consécutifs, je les entretins de différents points de la foi et de
l'Église. Après une instruction sur l'importance et la nécessité du baptême,
ils me prièrent avec empressement d'accorder cette faveur à trois de leurs
petits enfants. Ce furent les prémices de la tribu. Quand ces familles se
séparèrent de nous, tous me témoignèrent la plus vive reconnaissance pour ce
qu'ils avaient entendu et appris avec bonheur; ils m'assurèrent que toute la
peuplade accepterait volontiers la belle parole du Grand Esprit, que je leur
avais annoncée, et ils me firent les plus vives instances de venir les visiter
au plus tôt pour les instruire.
Six mois après,
en avril 1842, je me rendis dans leurs parages. Mes braves Cœurs-d'Alêne, que
j'avais eus pour compagnons de route, avaient admirablement bien préparé les
voies à ma visite, et inspiré à tous leurs compatriotes un vif désir d'entendre
la bonne nouvelle de l’Évangile. Sur le récit qu'ils en avaient fait, les chefs
s'étaient déjà empressés de députer à la mission de Sainte-Marie plusieurs
jeunes gens, choisis parmi les plus intelligents, afin de demander des
missionnaires pour les instruire dans les saintes vérités de la religion.
Le bruit de mon
approche s'était bientôt répandu dans tout le pays. De tous côtés, on vit
accourir les sauvages à travers les bois et les plaines, par les rivières et le
grand lac, pour venir à ma rencontre et pour entendre la loi de Dieu de la
bouche même d'une Robe-Noire. Aussi, ma visite eut-elle les plus heureux
résultats. Je baptisai tous les petits enfants de la tribu, ainsi qu'un bon
nombre d'adultes, qui s'étaient empressés, avec une sainte avidité, de venir
recevoir « le grain de senevé » dont parle l'Évangile.
La bonne Indienne
Louise Sighouin se trouva parmi ces derniers. Éclairée par une grâce toute
spéciale, et voulant faire servir à la gloire de Dieu et au bien des âmes le
rang qu'elle occupait et l'estime universelle qu'elle s'était attirée dans
toute la tribu, elle se servit de toute son influence pour persuader à un grand
nombre de familles de la suivre au rendez-vous, qui était le grand lac
Cœur-d'Alêne, afin d'y entendre la bonne et consolante parole de l'Évangile. Du
premier abord elle s'en montra très avide; elle fut toujours très assidue à
toutes les instructions du missionnaire. Aidée par ses avis et ses conseils, on
la voyait avancer d'un pas assuré et rapide, avec zèle et ferveur, dans le
chemin qui devait plus tard la mener à la perfection chrétienne. Régénérée dans
les saintes eaux du baptême, où elle reçut le nom de Louise, elle
semblait être parvenue au comble de ses désirs et ne plus songer qu'à porter
sans tache la robe blanche qu'elle y avait reçue, qu'à faire briller sur la
terre le flambeau ardent qu'elle avait tenue entre ses mains, et dont, dès ce
moment, elle avait paru saisir la haute signification; enfin, qu'à se montrer
fidèle et reconnaissante à l'égard de Dieu, pour les grandes faveurs qu'il
avait daigné lui accorder.
II.- Zèle de Louise pour la
conversion de sa tribu, et ses luttes avec les hommes de médecine.
Peu de temps
après, elle résolut de s'attacher entièrement au service des missionnaires qui
étaient venus s'établir sur les terres des Cœurs-d'Alêne. A cet effet, elle
renonça généreusement à l'endroit natal, à la suzeraineté de son père, à la
société de ses parents et de ses connaissances, pour rejoindre les
missionnaires, d'abord à la première et ensuite à la seconde Résidence établie
dans cette contrée. « Je suivrai les Robes-Noires, -- disait-elle souvent, --
jusqu'au bout du monde, de peur que la mort ne vienne me surprendre et me
frapper loin d'eux, et ne me ravisse sans les secours des saints Sacrements, et
sans les avis salutaires de ces Pères. Je veux profiter de leur présence et de
leurs instructions pour apprendre à bien connaître le Grand Esprit, à le servir
fidèlement et à l'aimer de tout mon cœur. »
Ce désir, disons
plutôt cette soif ardente d'entendre la parole de la vie éternelle, ne s'est
jamais ralentie dans Louise un seul instant. Plutôt que de manquer à la
fidélité de ses promesses et à sa pieuse résolation,
elle se soumettait, avec une entière confiance en Dieu et avec une sainte
ardeur, aux épreuves les plus rudes et aux plus grands sacrifices. Depuis sa
conversion, et tout le reste de sa vie, elle a vécu, par choix et par
prédilection, dans une grande pauvreté et dans des privations de tout genre,
sans jamais chercher à les adoucir auprès des autres et sans jamais laisser
échapper la moindre plainte. Comme le propose saint Paul, elle semblait faire
profession « de ne savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ
crucifié. »
Le zèle et la ferveur
dans le service de Dieu, qu'elle manifestait, déjà immédiatement après son
baptême, ont été comme les sûrs indices d'une âme prédestinée et remplie de
dons extraordinaires du Ciel. Ces faveurs privilégiées se manifestaient en
toute évidence dans son admirable douceur, que les plus grandes contrariétés ne
pouvaient altérer; dans sa patience à toute épreuve, dans sa modestie vraiment
angélique; dans ça piété fervente et soutenue. Elle paraissait comme absorbée
dans la prière, et rien ne semblait pouvoir l'en distraire. Telle était son
avidité, sa sainte ardeur pour entendre la parole de Dieu, que chaque fois
qu'une nouvelle vérité religieuse venait éclairer son esprit, une joie visible
se manifestait sur son visage et dans toute sa personne : c'était pour elle la
découverte précieuse d'un trésor caché, d'une source d'eau vive pour étancher
sa soif des vérités célestes, d'un pain de vie qui lui donnait une nouvelle
vigueur. Chaque fois elle cherchait à partager son bonheur, et ce pain, et
cette source, et ce trésor, avec tous ceux qui étaient, comme elle, avides de
la parole divine.
Un zèle ardent et
infatigable pour le salut des âmes semblait sans cesse l'occuper. Elle
employait tous ses moments de loisir à la conversion et à l'instruction d'un
grand nombre de païens de sa peuplade. Ni les contrariétés qu'elle éprouvait,
ni les obstacles qu'elle rencontrait, ni les insultes qu'elle avait à essuyer,
ni les dangers auxquels elle s'exposait, rien ne pouvait la détourner, de la
sainte œuvre qu'elle avait résolu d'accomplir. Aussi, chaque jour était marqué
par quelque nouveau triomphe, par quelque augmentation du nombre des enfants de
Dieu, ou catéchumènes.
Louise attaquait
de front les plus redoutables et les plus dangereux adversaires de la
religion : les ministres de satan même, sorciers ou jongleurs, appelés
vulgairement, parmi les Indiens, hommes de médecine, qui, par leur art
imposteur et diabolique, en imposent toujours aux simples et aux ignorants. Ce
sont les ennemis les plus acharnés que les missionnaires rencontrent et ont à
combattre au sein des tribus indiennes. Ils ne cessent, par la fourberie, la
calomnie et le mensonge, de mettre des obstacles et des entraves aux progrès de
la religion. La présence du prêtre leur est d'autant plus odieuse, qu'ils
savent qu'il y va de leur intérêt privé, de leur bourse, et que leurs gains
illicites devront disparaître et cesser par suite de la manifestation des
vérités religieuses. Inde irœ !
De là, des colères et des ressentiments; de là, encore, la guerre incessante
qu'ils font aux ministres de la vraie foi, et les persécutions qu'ils ne
cessent de susciter contre eux, lorsqu'ils peuvent exercer assez d'influence
sur leurs adhérents. Et sur quel peuple exerçaient-ils leur influence, avant
l'arrivée de nos missionnaires dans leur pays !
(Pour
être continué.)