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1860 - lettre 53 - Biographie de Louise Sighouin morte en odeur de sainteté, en 1853.

LOUISE SIGHOUIN

 

SAUVAGE DE LA TRIBU DES CŒURS-D’ALÊNE

 

MORTE EN ODEUR DE SAINTETÉ, EN 1853.

 

                            I. - Enfance et baptême de Louise.

 

Louise Sighouin, de la tribu des Skizoumish, ou Cœurs-d'Alêne ¹, fille du chef de cette tribu, était douée des plus belles qualités de l'esprit et du cœur, qui lui attirèrent l'estime et le respect, non-seulement de toute sa peuplade, mais encore des tribus voisines et des blancs qui avaient eu l'occasion de la connaître. Humble et pauvre enfant, mais riche en vertus et élevée en grâces, Louise a fleuri dans le désert comme le lys entre les épines. C'était une oasis au milieu de l'aridité stérile; c'était une lumière au milieu des ténèbres de la mort. A l’exemple de la pauvre femme de l'Évangile, elle avait cherché et trouvé le trésor perdu, et elle le conserva précieusement tous les jours de sa vie, jusqu'à son dernier soupir.

 

¹ On sait que le mot alêne signifie une espèce de poinçon de fer, qui est emmanché dans un morceau de bois rond, et dont on se sert pour percer le cuir et pour coudre. Ce mot, associé à celui de cœur, donne une idée de la férocité de cette peuplade avant l'arrivée des missionnaires.      (Note de la rédaction.)

 

Avant son baptême, on remarquait déjà en elle une modestie rare et pleine de réserve, une grande douceur et un jugement solide. Partout on l'écoutait avec admiration et avec plaisir, et sa compagnie était recherchée dans toutes les familles.

 

En octobre 1841, une nouvelle ère se préparait pour elle. Dans les missions que je donnais alors dans les parties supérieures des Montagnes-Rocheuses, je rencontrai pour la première fois trois familles de Cœurs-d'Alêne, revenant de la chasse aux buffles dans les plaines du Missouri supérieur. Elles se joignirent à ma petite bande, et nous fîmes route ensemble. Je les trouvai d'un caractère doux, affable, poli, et surtout très avides de la parole de Dieu. Pendant plusieurs jours consécutifs, je les entretins de différents points de la foi et de l'Église. Après une instruction sur l'importance et la nécessité du baptême, ils me prièrent avec empressement d'accorder cette faveur à trois de leurs petits enfants. Ce furent les prémices de la tribu. Quand ces familles se séparèrent de nous, tous me témoignèrent la plus vive reconnaissance pour ce qu'ils avaient entendu et appris avec bonheur; ils m'assurèrent que toute la peuplade accepterait volontiers la belle parole du Grand Esprit, que je leur avais annoncée, et ils me firent les plus vives instances de venir les visiter au plus tôt pour les instruire.

 

Six mois après, en avril 1842, je me rendis dans leurs parages. Mes braves Cœurs-d'Alêne, que j'avais eus pour compagnons de route, avaient admirablement bien préparé les voies à ma visite, et inspiré à tous leurs compatriotes un vif désir d'entendre la bonne nouvelle de l’Évangile. Sur le récit qu'ils en avaient fait, les chefs s'étaient déjà empressés de députer à la mission de Sainte-Marie plusieurs jeunes gens, choisis parmi les plus intelligents, afin de demander des missionnaires pour les instruire dans les saintes vérités de la religion.

 

Le bruit de mon approche s'était bientôt répandu dans tout le pays. De tous côtés, on vit accourir les sauvages à travers les bois et les plaines, par les rivières et le grand lac, pour venir à ma rencontre et pour entendre la loi de Dieu de la bouche même d'une Robe-Noire. Aussi, ma visite eut-elle les plus heureux résultats. Je baptisai tous les petits enfants de la tribu, ainsi qu'un bon nombre d'adultes, qui s'étaient empressés, avec une sainte avidité, de venir recevoir « le grain de senevé » dont parle l'Évangile.

 

La bonne Indienne Louise Sighouin se trouva parmi ces derniers. Éclairée par une grâce toute spéciale, et voulant faire servir à la gloire de Dieu et au bien des âmes le rang qu'elle occupait et l'estime universelle qu'elle s'était attirée dans toute la tribu, elle se servit de toute son influence pour persuader à un grand nombre de familles de la suivre au rendez-vous, qui était le grand lac Cœur-d'Alêne, afin d'y entendre la bonne et consolante parole de l'Évangile. Du premier abord elle s'en montra très avide; elle fut toujours très assidue à toutes les instructions du missionnaire. Aidée par ses avis et ses conseils, on la voyait avancer d'un pas assuré et rapide, avec zèle et ferveur, dans le chemin qui devait plus tard la mener à la perfection chrétienne. Régénérée dans les saintes eaux du baptême, où elle reçut le nom de Louise, elle semblait être parvenue au comble de ses désirs et ne plus songer qu'à porter sans tache la robe blanche qu'elle y avait reçue, qu'à faire briller sur la terre le flambeau ardent qu'elle avait tenue entre ses mains, et dont, dès ce moment, elle avait paru saisir la haute signification; enfin, qu'à se montrer fidèle et reconnaissante à l'égard de Dieu, pour les grandes faveurs qu'il avait daigné lui accorder.

 

                                     II.- Zèle de Louise pour la conversion de sa tribu, et ses luttes avec les hommes de médecine.

 

Peu de temps après, elle résolut de s'attacher entièrement au service des missionnaires qui étaient venus s'établir sur les terres des Cœurs-d'Alêne. A cet effet, elle renonça généreusement à l'endroit natal, à la suzeraineté de son père, à la société de ses parents et de ses connaissances, pour rejoindre les missionnaires, d'abord à la première et ensuite à la seconde Résidence établie dans cette contrée. « Je suivrai les Robes-Noires, -- disait-elle souvent, -- jusqu'au bout du monde, de peur que la mort ne vienne me surprendre et me frapper loin d'eux, et ne me ravisse sans les secours des saints Sacrements, et sans les avis salutaires de ces Pères. Je veux profiter de leur présence et de leurs instructions pour apprendre à bien connaître le Grand Esprit, à le servir fidèlement et à l'aimer de tout mon cœur. »

 

Ce désir, disons plutôt cette soif ardente d'entendre la parole de la vie éternelle, ne s'est jamais ralentie dans Louise un seul instant. Plutôt que de manquer à la fidélité de ses promesses et à sa pieuse résolation, elle se soumettait, avec une entière confiance en Dieu et avec une sainte ardeur, aux épreuves les plus rudes et aux plus grands sacrifices. Depuis sa conversion, et tout le reste de sa vie, elle a vécu, par choix et par prédilection, dans une grande pauvreté et dans des privations de tout genre, sans jamais chercher à les adoucir auprès des autres et sans jamais laisser échapper la moindre plainte. Comme le propose saint Paul, elle semblait faire profession « de ne savoir autre chose que Jésus-Christ et Jésus-Christ crucifié. »

 

Le zèle et la ferveur dans le service de Dieu, qu'elle manifestait, déjà immédiatement après son baptême, ont été comme les sûrs indices d'une âme prédestinée et remplie de dons extraordinaires du Ciel. Ces faveurs privilégiées se manifestaient en toute évidence dans son admirable douceur, que les plus grandes contrariétés ne pouvaient altérer; dans sa patience à toute épreuve, dans sa modestie vraiment angélique; dans ça piété fervente et soutenue. Elle paraissait comme absorbée dans la prière, et rien ne semblait pouvoir l'en distraire. Telle était son avidité, sa sainte ardeur pour entendre la parole de Dieu, que chaque fois qu'une nouvelle vérité religieuse venait éclairer son esprit, une joie visible se manifestait sur son visage et dans toute sa personne : c'était pour elle la découverte précieuse d'un trésor caché, d'une source d'eau vive pour étancher sa soif des vérités célestes, d'un pain de vie qui lui donnait une nouvelle vigueur. Chaque fois elle cherchait à partager son bonheur, et ce pain, et cette source, et ce trésor, avec tous ceux qui étaient, comme elle, avides de la parole divine.

 

Un zèle ardent et infatigable pour le salut des âmes semblait sans cesse l'occuper. Elle employait tous ses moments de loisir à la conversion et à l'instruction d'un grand nombre de païens de sa peuplade. Ni les contrariétés qu'elle éprouvait, ni les obstacles qu'elle rencontrait, ni les insultes qu'elle avait à essuyer, ni les dangers auxquels elle s'exposait, rien ne pouvait la détourner, de la sainte œuvre qu'elle avait résolu d'accomplir. Aussi, chaque jour était marqué par quelque nouveau triomphe, par quelque augmentation du nombre des enfants de Dieu, ou catéchumènes.

 

Louise attaquait de front les plus redoutables et les plus dangereux adversaires de la religion : les ministres de satan même, sorciers ou jongleurs, appelés vulgairement, parmi les Indiens, hommes de médecine, qui, par leur art imposteur et diabolique, en imposent toujours aux simples et aux ignorants. Ce sont les ennemis les plus acharnés que les missionnaires rencontrent et ont à combattre au sein des tribus indiennes. Ils ne cessent, par la fourberie, la calomnie et le mensonge, de mettre des obstacles et des entraves aux progrès de la religion. La présence du prêtre leur est d'autant plus odieuse, qu'ils savent qu'il y va de leur intérêt privé, de leur bourse, et que leurs gains illicites devront disparaître et cesser par suite de la manifestation des vérités religieuses. Inde irœ !  De là, des colères et des ressentiments; de là, encore, la guerre incessante qu'ils font aux ministres de la vraie foi, et les persécutions qu'ils ne cessent de susciter contre eux, lorsqu'ils peuvent exercer assez d'influence sur leurs adhérents. Et sur quel peuple exerçaient-ils leur influence, avant l'arrivée de nos missionnaires dans leur pays !

 

                                      (Pour être continué.)