AUMONERIE DANS L'ARMÉE AMÉRICAINE
ENVOYÉE CONTRE LES MORMONS ET
LES SPOKANES; PAWNIES ET OGALLALLAS BAPTISÉS
DANS LE DÉSERT, EN
JUIN 1858.
QUARANTE-HUITIÈME LETTRE
DU R. P. DE SMET
au
directeur des Précis Historiques, à Bruxelles.
New-York,
19 septembre 1858.
Mon révérend et
cher Père,
Vous serez sans
doute très étonné de voir que ma lettre est datée de New-York. Je me trouvais à
environ 300 lieues au-dessus de Saint-Louis, en marche avec l'armée pour le
Territoire d'Utah, lorsque le général commandant en chef reçut, avec la
nouvelle que la paix venait d'être conclue avec les Mormons, l'ordre, donné par
le secrétaire de la guerre, de retourner aux États-Unis. On disposa des
différentes compagnies de l'armée, et je revins à Saint-Louis.
Une autre guerre
a depuis éclaté dans le nord du Territoire de Washington, à l'ouest des
Montagnes Rocheuses. Le général Harney y est envoyé. A sa demande expresse et
par l'ordre du gouvernement, je l'accompagne dans cette région.
Nous nous
embarquerons demain pour Aspinwall. De là on se rendra par chemin de fer à
Panama, où l'on s'embarquera de nouveau pour San-Francisco, et ensuite on
reprendra le steamer jusqu'au fort Van Couver, sur le fleuve Colombia, pour
continuer la route vers le fort Walla-Walla et le pays des Spokanes, qui ont
commencé la nouvelle guerre. La distance de ces parages à Saint-Louis est de
5,000 à 6,000 milles.
La lutte, je le
crains, sera grande. Ma position, humainement parlant, ne sera pas gaie. Si je
m'y trouve, c'est dans l'espoir que ma présence pourra être de quelque utilité
aux pauvres et malheureux sauvages, qui se sont laissé entraîner dans cette
hostilité contre les États-Unis, et pour empêcher les Indiens catholiques de se
joindre à eux. Nos Pères sont, pour le moment, en grand danger dans ces pays
lointains. J'implore le secours de vos bonnes prières pour eux et pour moi.
Dans une dernière
course au désert, faite au mois de juin de cette année, j'ai eu la consolation
de baptiser 208 petits enfants de la nation des Pawnies et des Ogallallas. Les
petites filles ont reçu les prénoms des élèves qui se trouvaient dans les
pensionnats dirigés par des religieuses que nous avons visités ensemble en
Belgique, et où vous aviez demandé la liste des noms de baptême. Ces élèves
n'oublieront pas, j'en suis sûr, d'implorer le Ciel en faveur de ces pauvres
petites Indiennes abandonnées et dépourvues des consolations religieuses.
Veuillez
présenter mes hommages respectueux au R. P. Provincial, au R. P. Recteur, ainsi
qu'à tous les Pères et Frères, et demander l'aide de leurs bonnes prières. Le
voyage sera bien long et les dangers de toute espèce seront bien grands.
J'ai l'honneur
d'être,
Mon révérend et
bien cher Père,
Votre
tout dévoué serviteur et frère en Jésus-Christ,
P.
J. DE SMET, S. J.